Il y a des choses qui arrivent sans qu’on les ait vraiment planifiées. Une rencontre, une phrase lancée dans un couloir, une personne qui regarde ton travail et dit simplement : « ça a sa place ici. » C’est comme ça que quatre de mes collages se sont retrouvés semés dans le Jardin des Plantes d’Amiens, pour la 14ᵉ édition de la Fête des Plantes et des Arbres, le 1ᵉʳ mai dernier.
Le problème : la première phrase est une longue liste sans verbe principal clair avant « réunis », ce qui la rend essoufflée, et le rythme entre les deux phrases est déséquilibré (une phrase très longue, une très courte, mais la coupure ne crée pas assez d’effet).
Une version resserrée :
Plus de 10 000 visiteurs, une centaine d’exposants : pépiniéristes, arboriculteurs, artisans, artistes, tous réunis dans un lieu qui a toujours été pour moi bien plus qu’un jardin en plein milieu d’une ville. Et ce jour-là, mes œuvres s’y trouvaient aussi.
Le Jardin des Plantes, c’était mon lieu de repos quand j’étais étudiante à l’ÉSAD, entre 2007 et 2010. Un endroit où je venais souffler, me retrouver. Il est encore plus beau qu’avant.
Une chaîne de confiance
Cette exposition ne serait pas arrivée sans la résidence design menée avec le CROUS Amiens-Picardie et l’UPJV en début d’année. C’est elle qui m’a mise sur la route de Charles Saint-Solieux, botaniste du Jardin des Plantes et organisateur de la fête, et de Dominique Semren-Gamain, responsable de l’action culturelle au CROUS, qui a immédiatement vu que mon travail avait sa place ici. Ce genre de confiance, ça ne s’oublie pas. Je ne sais pas toujours trouver les mots pour remercier les personnes qui m’accompagnent depuis mon retour, qui croient dans ce que je fais avec sincérité et bienveillance. Mais je les vois. Et l’aventure ne fait que commencer.



Installation des œuvres au Jardin des Plantes avec Dominique, Iris, Marzieh, Violène et Yasmine.
Puis affiche de communication du Crous de Picardie, pour l’annonce de l’exposition.
Quatre œuvres
La série Mauvaises Herbes n’en est qu’à ses débuts. Pour cette première exposition, quatre pièces en grand format (90×120 cm, impression sur bâche) ont été installées en plein air, parsemées dans le jardin. Une façon de les laisser coexister avec le vivant, de les laisser être regardées au détour d’un chemin, d’une balade ou d’un déjeuner au Jardin durant la pause du midi.
1. Libre comme un héron, 2026
Collage analogique et retouche numérique · Impression sur bâche, 90×120 cm
Fragments d’Amiens, éclats de Berlin. Des murs berlinois scannés lors d’un dernier novembre, qui m’ont fait prendre conscience à quel point on est libre quand on décide de ne plus s’infliger une vie qui ne nous convient plus. Je pense à toutes ces personnes croisées en chemin, pour qui cette liberté n’a jamais existé, ou s’est envolée. La liberté d’être. D’exister. D’aimer. De créer. Des mots devenus bien
trop fragiles, mais qu’il faut protéger. J’ai choisi le héron parce qu’il porte en lui quelque chose de cette
quête. Il se fait confiance. Il est patient. Il sait attendre. On le croise souvent au détour des canaux d’Amiens, comme une présence silencieuse et réconfortante.
2. Main mise, 2025
Collage analogique et retouche numérique · Impression sur bâche, 90×120 cm
Des mains dans les écailles. Le beau et le dégoût, ensemble, sans choisir. Cette sensation de se perdre dans quelque chose qui attire autant qu’il étouffe. La nature est là, discrète, une branche en marge. On s’y raccroche. Elle n’a pas besoin d’être partout pour être ce qui sauve.
3. L’espoir fait vivre, 2025
Collage analogique et retouche numérique · Impression sur bâche, 90×120 cm
Des formes qui s’effleurent, s’entrechoquent, pétillent. Un tourbillon onirique, encore un peu sombre. Mais peu importe. La feuille de ginkgo revient, obstinée. Elle porte en elle Weimar, ce moment où tout a basculé pour moi, la décision de partir. L’arbre de Goethe, arbre-symbole d’une ville, d’une promesse : on peut renaître. Les départs ne sont jamais des fins. Le gecko et le lezard attendent. Patients, immobiles. Comme l’espoir : têtu et vivant.
4. Der Musik, das Meer und der Traum, 2025
Collage analogique et retouche numérique · Impression sur bâche, 90×120 cm
Der Musik, das Meer und der Traum. Trois mots en allemand, une vie entre les langues, entre les lieux, entre les cultures. De naissance en naissance, on devient plein de choses. La grenouille est là pour ça. Curieux animal, fascinant dans sa transformation. Elle commence quelque part et finit ailleurs, méconnaissable dans son environement, et pourtant elle-même. Elle s’adapte. Elle ne résiste pas au changement, elle en est faite. Et puis l’éclat psychédélique, assumé. Parce que la nature aussi, quand on la regarde vraiment, déborde. Les couleurs qui ne tiennent plus en place, les formes qui s’entremêlent, et dans ce chaos vivant, quelque chose de nouveau qui émerge.
*La mer, la musique, le rêve

Libre comme un héron, 2026

Main mise, 2025

L’espoir fait vivre, 2025

Der Musik, das Meer und der Traum, 2025
Dans la serre et dans le jardin
Ce jour-là, j’avais aussi une table dans la serre Napoléon III, où je fabriquais des mini-collages devant les visiteurs. Mais j’ai surtout passé cette journée à faire de belles rencontres, à parler de mon travail, à distribuer des cartes postales réalisées par les étudiants lors de la résidence design, et à guider les gens vers les Affiches Sonores, installées, elles aussi, dans une des serres, discrètement dissimulées parmi les plantes.
Ces affiches ont depuis migré à la Société d’Horticulture de Picardie (58-60 rue Le Nôtre, Amiens), où elles sont encore visibles pour quelques semaines. Un autre beau lieu, une autre association amiénoise qui me donne envie d’y revenir semer quelques graines créatives. Pour en savoir plus sur les Affiches Sonores, j’en ai parlé en détail dans un article dédié.
Les plantes, les fleurs, la nature font bien leur travail. Sur les corps, sur les esprits. Ces jardins entretenus avec passion sont des refuges qu’il faut continuer de défendre.
Mauvaises Herbes raconte des histoires. Mon histoire, surtout. Des fragments intérieurs, abstraits, des bouts d’existence que j’essaie de coller ensemble. C’est peut-être ça, au fond. Pas les plantes qu’on arrache, mais celles qui poussent quand même, celles qu’on n’attendait pas, celles qui trouvent une fissure et qui l’habitent. Une façon de parler de parcours non linéaires, de départs et de retours, de ce qu’on garde en soi quand on traverse des vies multiples. Je travaille avec les matières que je récolte, les images que je détourne, des strates d’expériences, de vies, de murs. Et j’ai bien l’intention de semer tout ça partout où on voudra bien m’accueillir, et même là où on ne m’attend pas.
Mauvaises Herbes est visible gratuitement au Jardin des Plantes d’Amiens jusqu’au 31 août 2026.
Jardin des Plantes, 60 Bd du Jardin des Plantes, 80000 Amiens

